The Empyrean, c’est le petit nom du onzième album solo du guitariste John Frusciante, évadé des Red Hot Chili Peppers et de son registre funk pop vieillissant donc. Chacune de ses expériences en solo s’est soldée par un résultat unique. Ici, nous avons à faire à un mélange de rock expérimental et psychédélique. Il est composé de 10 pistes. Chacune est unique, chacune est indispensable.
Encore une fois, les adjectifs sont durs à trouver. Sublime serait trop vague. Solennel sous entend un côté pompeux. Céleste, trop aérien. Les morceaux ont une touche sonore reconnaissable, mais en aucun cas ne se ressemblent. Prenez Dark/Light. Ce morceau dure 8:30 minutes. Il s’ouvre sur une longue complainte piano voix, toute en douceur, où John abuse de la réverbération sur son chant. Là où 9 groupes sur 10 se plantent dans le dosage, il réussit le tour de force d’amplifier son chant sans trop en faire. L’effet est d’ailleurs saisissant. Suite à ce passage, le ton change complètement, et sur une rythmique pop électro, un choeur de gospel vient jouer aux questions réponses, avant de basculer une nouvelle fois dans un nouvel univers, où une ligne de basse appuyée par des choeurs omniprésents vient ravager l’ultime once de résistance de notre corps. Frusciante, musicien mystique parle de transe. On le comprend tout à fait. Ce long passage de près de 5 minutes, certes répétitif mais si beau constitue l’apothéose du morceau et sûrement de l’album pour beaucoup. Les voix se samplent petit à petit et John s’amuse à les modifier, construisant ainsi l’outro de son chef d’oeuvre.
Et ce morceau n’est qu’un exemple de ce que recèle cet album. L’autre pièce majeure, Central, se révèle tout aussi riche et complexe. Elle est bien plus «rock» cependant. Tout se construit encore une fois autour d’une mantra. La voix de John devient vite le repère dans ce chaos instrumental. Crescendo, les cordes, la batterie, la basse et les guitares empiètent sur le chant pour au finir totalement le recouvrir, introduisant ainsi un solo de près de trois minutes. Solo qui rappelle d’ailleurs beaucoup ceux que l’on pouvait trouver sur les albums des Red Hot Chili Peppers. Complètement déconstruit, illogique théoriquement parlant, mais mélodique et parfaitement juste. Exception à la règle, Johnny Marr vient presque caricaturer Frusciante sur Enough Of Me en livrant un solo totalement dissonant, ce qui n’est pas pour autant gênant.
Les autres pistes sont plus «simples» entre mille guillemets car n’ont pas de structures compliquées. Cependant, l’instrumentalisation est tout aussi travaillée. Les cordes sont mixées à la perfection et la basse dispose d’un véritable traitement de faveur. Frusciante a intégralement mixé l’album, comme à son habitude.
Cependant, s’il fallait retenir une troisième piste, je me tournerais vers Unreachable et son long final instrumental avec un solo très hendrixien dans l’esprit. Le chanteur n’a jamais caché le culte qu’il vouait à Jimi et cela s’entend. Tant mieux pour nous.
On ne peut se lasser d’un tel album. Il est très étrange qu’il soit passé aussi inaperçu dans le champ musical de l’année 2008. Frusciante a d’ailleurs tenu à ne faire absolument aucune promotion. Comme s’il voulait que ce chef d’oeuvre reste son petit secret. Une pièce éphémère, magnifique. Oh et merde, la pochette aussi est à tomber par terre.
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